Souvenirs d’ailleurs bis 3


 

Lundi  1. août 2011

à 10h17 j’avais 19° sur mon balcon

vent 5 km heure, mais tous ces jours il augmente plus tard

 

                         

   

Aujourd’hui c’est la Fête nationale Suisse, le premier Août. Comme pour toutes les fêtes, c’est surtout la fête des grandes surfaces.

   Drapeaux fusées et autres feux d’artifice sont aux premières places de tout magasin qui veut faire plaisir à ses actionnaires.

   Je n’ai jamais beaucoup prisé ces démonstrations de bons Suisses. Un drapeau aux fenêtres, pourquoi pas, mais par pitié, pas de

   pétarades ni de discours pompeux.       

         

   Je continue mes « Souvenirs d’ailleurs » et je commence avec un paragraphe qui aurait dû figurer   

   tout au début de ces souvenirs :

 

Souvenirs d’ailleurs  bis 3

 

C’est la nuit, je suis dans mon lit, à la maison.

J’ai besoin d’aller aux toilettes. Je me lève, vais aux WC, je veux retourner au lit… 

Que se passe-t-il ? Je ne tiens plus debout, tout tourne, une armée de fourmis grimpe le long de ma jambe droite, le long du bras, elles arrivent à l’épaule, elles me tirent au sol,  je tombe, doucement…  les fourmis atténuent ma chute.

Qu’est-ce qu’il m’arrive ? Relèves-toi donc !

Je n’y arrive pas, je ne sais plus comment on fait pour se relever… Ma jambe droite ne m’obéit plus, le bras droit non plus.

Il ne faut pas que je reste parterre, je dois retourner au lit, mais comment ?

Si Christiane me trouve au sol elle va se trouver mal.

J’essaye de me traîner dans ma chambre, je m’agrippe à quelque chose, ça cède, ça fait du bruit…

Voilà Christiane, elle dit quelque chose, elle tombe…

Je dois rester éveillé sinon on est foutu…

…Quelqu’un me parle, me demande mon nom, ma date de naissance.

Je suis couché, ça tangue, je suis attaché sur un lit, je vois des lumières qui défilent derrière les vitres, je suis dans une voiture, une ambulance…

Est-ce qu’il y a la sirène qui fonctionne ? Je me le demande, ou je le demande ?

On m’amène à l’hôpital !

*   *   *


Quelle heure est-il ? Le réveil sur la table de nuit me dit 5 heures.

Debout, toilette, petit déjeuner, au boulot.

Au bureau le répondeur téléphonique clignote, il y a donc eu des appels depuis huit heures hier soir. Aujourd’hui il y en a quatre, trois ont raccroché sans se nommer, un client me demande de le rappeler, je le ferais après huit heures. Parmi les appels anonymes il y a certainement le patron, il n’aime pas les répondeurs, il m’a toujours donné l’impression d’avoir horreur d’être enregistré.

Comme chaque matin, je fais mes valises, plus de 30 kilos de catalogues et autres paperasses, j’entasse le tout dans la voiture et c’est le départ.

Christiane dort encore, ciao, à ce soir.

Mon premier rendez-vous est à 8h et demi, j’ai plus de 120 km à faire pour arriver chez lui.

J’ai le téléphone dans la voiture, c’est bien pratique, ça fait gagner du temps et il parait de l’argent… à qui ?  Je peux donc liquider bien des choses tout en roulant. Souvent je me déplace de plus de cent kilomètres sans m’en rendre compte, un coup de fil après l’autre.

A midi je dîne avec le client, je peux donc continuer à „bosser“ sans perdre de temps, le temps c’est…  etc.

14 heures, autre rendez-vous, autres problèmes, autres affaires, toujours à la course.                   

Vers les 17 heures je quitte en général mon dernier client. Même parcours que le matin, mêmes coups de fil, souvent en faisant des enregistrements sur mon dictaphone, il ne faut rien oublier.

J’arrive rarement avant 19 heures à la maison, je soupe et je vais au bureau pour une heure ou deux. Pendant mon absence le répondeur a fait son plein ; réclamations, demandes de renseignements et de temps en temps une commande.

La journée de 15 heures est devenue une habitude. Dire qu’il y en a qui se battent pour les huit heures…

Dix heures du soir, au lit, je ne tiens plus ni debout, ni assis.

Je m’endors comme une masse pour me réveiller à 5 heures le lendemain matin, le réveil n’a pas besoin de sonner, je dois être programmé.

*   *   *

Il fait jour, je suis à l’hôpital, toujours au lit.

J’entends chanter les oiseaux, il doit être de très bonne heure le matin. J’essaie de lire l’heure sur le réveil que Christiane m’a apporté de la maison car je ne savais lire l’heure sur mas montre bracelet, je n’y parviens pas non-plus… d’après les bruits c’est bientôt l’heure du „lever“.

– Bonjour, bien dormi ?

C’est le petit déjeuner ; café au lait, beurre/confiture, pain complet. Je n’arrive pas à faire mes tartines, ma main droite ne veut pas… La jeune fille souriante veut bien m’aider, dommage que ce n’est pas tous les jours elle. Souvent c’est une autre, qui ne semble pas savoir sourire, qui me semble même méchante, peut-être c’est moi qui suis méchant. ?

Mon voisin de chambre est très sympathique, il peut se lever… difficilement, mais il peut. Il peut aller aux toilettes tout seul… moi ce sont les infirmières qui me lavent, je ne sais pas le faire…


*   *   *


Je suis au travail, à Bâle ; j’y suis bien installé, un bureau bien équipé avec un lit mural pour les jours où je ne rentre pas à la maison. Jours qui sont souvent plus nombreux que ceux que je peux passer avec les miens.

Il faut travailler, arriver à quelque chose, arriver à assurer l’avenir de ma famille.

Il est six heures du matin, l’unique moment de la journée où j’arrive à travailler sans être dérangé à tout moment par le téléphone. Ici il n’y a pas grand monde qui sait le français, ils profitent donc de me passer tous les appels de la Suisse romande.

Le patron arrive, il apporte des croissants frais, je me fais un café.

Il y a tellement de travaux de bureau à faire ! Mon véritable travail consiste pourtant à visiter les clients, à les conseiller et naturellement à leur vendre un maximum de meubles. C’est ce travail que j’aime, mais si la paperasserie n’est pas faite correctement les affaires s’en ressentent. Un cercle vicieux !

Pour mon patron tout ce boulot administratif est inutile, si un client lui demande à qui il faut s’adresser pour une réclamation il lui répond, sans rire :

A ma grand-mère – ah oui, elle est où, à Bâle ?  – oui, au cimetière !

Ce n’est pas facile d’assumer. Si je travaille au bureau je me sens coupable de ne pas voyager et si je vais trouver les clients je me sens coupable de ne pas liquider les papiers qui s’entassent sur mon bureau !

Je crois que c’est ce que l’on appelle le STRESS  !!!!


*   *  *

Le docteur m’a dit qu’aujourd’hui je peux me lever.

J’ai la trouille !

Une infirmière me bande les jambes, je m’assieds au bord du lit, on me met des chaussures.

Elles se mettent à deux pour m’aider à me mettre debout, heureusement, car c’est vachement difficile avec ce plancher en pente… ces guiboles qui flanchent…  cette tête qui tourne.

Finalement j’arrive à faire les trois pas qui me séparent de la chaise où je peux m’asseoir, soutenu par les infirmières.

Ouf…  je suis fière de moi, je ne suis plus au lit !

Mais intérieurement je suis catastrophé, je suis foutu, jamais je ne pourrais à nouveau marcher, je panique.

Aidé par mes anges gardiens je retourne au lit, elles enlèvent les bandes et commencent à les enrouler, je demande à le faire moi-même, surprises, elles me laissent faire. Je dois enguirlander ma main droite pour qu’elle fasse les mouvements qui me permettent d’enrouler la bande. Finalement j’y arrive.

Je suis fier de moi.

Je ne suis pas tout à fait foutu !


 

 

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